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Hervé Kempf et son livre Comment les riches détruisent la planète

Propos recueillis par Steve Proulx

 

Quoi? C’est parce que les riches sont de plus en plus riches que la terre souffre autant? C’est du moins la thèse que défend le journaliste français Hervé Kempf dans son dernier livre Comment les riches détruisent la planète. Couvrant les enjeux environnementaux depuis près de 20 ans, notamment au journal Le Monde, Hervé Kempf brosse un portrait lucide de la crise écologique actuelle, et propose une solution pour s’en sortir : « abaisser » les riches. Entretien.

M. Kempf, selon vous, la solution aux problèmes environnementaux passe d’abord par la réduction de l’écart entre les riches et les pauvres. Pourquoi?

La classe fortunée est à la fois plus riche que jamais, mais aussi irresponsable : elle surconsomme et ne se préoccupe pas vraiment de la situation. Or, tout groupe social tend à imiter les mœurs du groupe situé au-dessus de lui dans l’échelle sociale.

 

Donc, d’un point de vue environnemental, la classe riche ne serait pas un très bon modèle à suivre...

Non. En définissant la surconsommation et la dilapidation comme la norme, la classe riche présente un modèle culturel destructeur, que toute la société cherche à imiter. Réduire les inégalités entre les classes sociales, c’est permettre de changer le modèle culturel dominant et rendre possible d’accepter une réduction de la consommation matérielle au profit d’activités sociales plus utiles et non destructrices de l’environnement.

 

En somme, il faudrait que les riches soient moins riches...

C’est une nécessité. Tout le monde est capable de comprendre qu’il est non seulement anormal mais explosif pour la stabilité sociale que les 500 personnes les plus riches du monde disposent d’autant de revenus que les 416 millions les plus pauvres*. Cela ne signifie pas que le dégonflement de la couche des « hyper-riches » sera facile, mais c’est une perspective politique importante.

 

Mais concrètement, comment peut-on « abaisser » les riches?

Nos gouvernements devraient instaurer ou restaurer des taxations progressives des revenus, relancer la chasse aux paradis fiscaux et réfléchir à l’idée d’un revenu maximal admissible. En même temps, il faut insister que si l’on fait cela, c’est à la fois pour restaurer la justice sociale, et pour dégager des ressources permettant de mener des politiques écologiques et des politiques sociales utiles à tous.

Qu’entendez-vous par « revenu maximal admissible »?

Il s’agirait de dire qu’au-delà d’un certain montant de revenu, l’argent doit être reversé à la collectivité. Cette mesure aurait l’avantage de montrer qu’au-delà d’un seuil à déterminer, la consommation matérielle doit être stoppée par respect pour la biosphère...

 

N’est-ce pas là un projet utopiste?

Au contraire, il est très réaliste. Déjà, l’idée du revenu maximal admissible a été réintroduite dans le débat. Par ailleurs, cette évolution sera acceptée par la société si l’on montre que des améliorations pourront ainsi être faites en matière d’éducation, de santé, de culture, de transports collectifs. Un état d’esprit inspiré par la recherche de la simplicité, de la modération, de la sobriété aidera à cette évolution – à condition qu’il s’accompagne de la gaieté et de la joie.

Comment les riches ont-ils reçu votre livre?

Il n’y a pas eu de critiques négatives. Mais la presse de droite et la presse économique font le silence sur ce livre, sans doute parce qu’il les dérange. J’ai l’impression que les journalistes de presse de droite et les économistes n’arrivent pas à critiquer ma thèse, ou alors ils n’ont pas lu mon livre. C’est un symptôme de plus de la maladie de notre démocratie : les pouvoirs préfèrent tenter de passer sous silence les voix discordantes que les discuter.
 
Lisez la suite de cet article en vous procurant le numéro 13 (octobre 2007) du magazine Mieux-Être

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