Entrevue: Jean Lemire: Le
missionnaire de l’environnement
Par Cécile Gladel
Le
scientifique et cinéaste Jean Lemire a passé un an et demi sur un bateau dans
l’Antarctique avec 12 autres personnes. Une expérience difficile mais
inoubliable. Une mission : alerter et sensibiliser les Québécois aux
changements climatiques.
Mieux-Être a rencontré
cet homme passionnant et sensible. Il nous a confié ses pensées sur
l’environnement, sur l’isolement d’un groupe, sur le retour à la vie urbaine.
Eh oui, il a une voiture. Mais une hybride.
Est-ce que le Québec
a changé en un an et demi ?
Oui,
beaucoup. Vous ne le réalisez pas, car vous vivez dans le quotidien, et les
changements arrivent jour après jour. L’environnement, heureusement, a pris une
place essentielle et devient un cheval de bataille.
Les citoyens
sont-ils vraiment prêts à faire pression sur les politiciens ?
C’est
là que c’est en train de changer. Nous avions un véhicule exceptionnel avec le
site Internet. 820 000 personnes l’ont visité, dont 99,9 % sont des
Québécois. On a tâté le pouls au Québec. On sent la lame de fond qui
s’installe.
Vous avez eu
un grand impact à cause de votre lien avec les écoles…
Oui,
mais surtout parce que nous sommes entrés dans les foyers. Les gens nous
voyaient à la télévision puis allaient faire un tour sur le site, où je tenais
un journal cinq jours sur sept. On créait une accoutumance. D’ailleurs, on va
aller plus loin avec le nouveau concept de notre site Internet. Ceux qui sont
rendus plus loin parleront aux autres. Il y aura une entraide sociétale, et je
trouve ça fantastique.
Mais vous
dites qu’on est déjà dans la catastrophe. Est-il trop tard alors?
Non
pas du tout. Mais au Québec, on gueule beaucoup sans rien faire. Il est donc
important de dire que l’on est déjà dans les changements, mais que l’on se
demande jusqu’à quel point on va accepter le réchauffement. Même si l’on arrête
tout demain matin, il va y avoir un réchauffement. Avec la quantité de gaz à
effet de serre qui est stocké dans l’atmosphère, oublions ça.
Aviez-vous vu
en 2002 que les changements étaient déjà amorcés?
Absolument.
Dans les films que l’on a faits à cette époque, on annonce qu’en 2050, il n’y
aura plus de glace en été dans l’Arctique. La nouvelle sort maintenant et les
gens sont catastrophés. Mais la sensibilisation d’une population prend du
temps. Il faut répéter inlassablement.
Maintenant,
je peux le dire que nous sommes déjà dans la catastrophe. Les gens sont prêts à
l’entendre. L’idée n’est pas de faire du sensationnalisme, mais de témoigner de
la réalité que j’ai vécue dans l’Antarctique. J’y ai vécu un hiver comparable à
celui de Montréal. Il y a donc un problème. Il est pire que ce à quoi on
s’attendait. Notre bateau devait être protégé des tempêtes hivernales en étant
pris dans la glace. Mais il n’y a pas eu de glace.
Ce fait
aurait-il pu être dangereux pour vous?
Tout
à fait. Et d’ailleurs, en mai dernier, les amarres ont lâché lors d’une
tempête, car on n’était pas pris dans la glace. On a eu peur, mais on s’en est
sorti.
Êtes-vous
revenu plus pessimiste?
Oui,
plus le choc du retour. Nous avons vécu les changements climatiques sur le
terrain. Nous faisions partie intégrante de cette nature. On vit avec les
phoques, les manchots, le vent, les éléments, les glaciers, le silence. À un
moment donné, on trouve ça triste.
Lisez la suite de cet
article en vous procurant le numéro 9 (mai 2007) du magazine Mieux-Être
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